08/02/2018

Éveil ?


José Leroy pose une série de questions sur son blog. Je me suis pris au jeu et voici mes réponses :


« Qu'est-ce que l'éveil spirituel pour vous ?


C'est une histoire que se raconte l'esprit, le mental, la pensée. Cette histoire est forcément un mirage, une illusion car la pensée, le langage, le souvenir ne pourront jamais enfermer au moyen de mots et d'images la conscience vécue ici et maintenant.

La conscience vécue, le fait d'être au monde (qui ne sera jamais ailleurs qu' ici et maintenant) est incommunicable, ineffable, indicible.

Cette histoire d' « éveil spirituel », qu'on se la raconte à soi-même ou à d'autres ou qu'on écoute celle d'autrui, n'a aucune importance, elle ne sera jamais le maintenant, l'instant vécu.


Avez-vous vécu un éveil spirituel ?
Et si oui, pouvez-vous le raconter ici ?

Il y a une certaine histoire de ce genre dans ma tête. Elle n'a aucune importance, mais je la livre tout de même :

Vers 18/20 ans, alors que je n'avais aucune pratique spirituelle particulière, j'ai vécu plusieurs moments de plénitude, de détachement total de « moi », d'extase, de clarté absolue, des instants hors du temps, hors de « moi », hors de la pensée.

Les années qui suivirent, les souvenirs de ces instants ne m'ont jamais quitté. Je dirais qu'ils ont été en quelque sorte les déclencheurs d'une remise en question totale de tout : Qu'est-ce que ce monde ? Qu'est-ce que moi ? Qu'est-ce que cette société ? Quelle va y être ma place ? Qu'est-ce que je veux ? De quoi ai-je besoin pour vivre ? Qu'est-ce qui est vrai ? Etc.

Je sentais qu'il allait me falloir tout comprendre par moi-même, ne rien fuir, remettre en question tous mes conditionnements, tous mes préjugés, tout ce qu'on me disait et m'avait appris, aussi.

Je me suis intéressé en parallèle à beaucoup de « penseurs » liés de près ou de loin à la « spiritualité ». Souvent des choses que je lisais, que j'écoutais, résonnaient en moi. Mais je savais que ces « vérités » ne venaient pas des autres, elles étaient déjà présentes en « moi ». Je n'ai jamais attendu quoi que ce soit de qui que ce soit, je savais que le « chemin », j'avais à le faire moi-même, car de toute façon quoi que qui que ce soit aurait pu me dire, je l'aurais remis en doute, en cause, en question.

J'ai vécu aussi une longue période sombre, sans énergie. Elle aussi fait partie de l' « histoire ».

Mais en réalité, rien de tout cela n'existe maintenant, cette histoire n'existe que dans la pensée. Là maintenant je n'ai pas d'âge (je sais que j'ai 37 ans mais ça aussi ce n'est qu'une histoire que se raconte la pensée), je ne suis pas les mots que j'écris, ni « mon » histoire, ni les mots que je pense.

Faites-vous une différence entre l'éveil et la réalisation ?


Je n'ai pas besoin de ces mots, je n'utilise pas ces mots. « Réalisation » n'est tout autant qu'une histoire que l'esprit se raconte.

La pensée ne peut pas rendre compte de la conscience vécue. Des milliards de mots ont déjà été écrits, ils n'aideront jamais personne à voir, à être. Car voir, être, est au-delà des mots, ne viendra jamais des mots. Les mots viennent toujours après, ils ont toujours un temps de retard. Les mots ne seront jamais la cause, ils ne seront toujours qu'une conséquence.

Cela dit, j'aime écrire et jouer avec le langage, c'est un plaisir et un jeu, mais rien de plus. Je sais que je ne peux aider personne à Être, car chaque être humain Est déjà parfaitement, même s'il pense le contraire. »



José Leroy m'a répondu ceci :

« "Des milliards de mots ont déjà été écrits, ils n'aideront jamais personne à voir, à être".
Les mots de Nisargadatta Maharaj m'ont aidé à réaliser qui je suis. Les mots quand ils viennent de la source peuvent y ramener »




Et voici ce que j'ai répondu à ses mots :



« Les mots ne créent pas la source.

"Réaliser qui je suis" est de l'ordre de la pensée, de la perception. Les pensées des autres peuvent influencer notre pensée, je ne prétends pas le contraire. La Source est partout et toujours, y compris donc dans les mots issus d'elle, mais aussi dans toutes les choses les plus simples et triviales. Tout peut donc potentiellement « ramener à la source ».

La source est intacte depuis le départ, depuis la naissance, et inaltérable, quels que soient nos pensées, nos mots, l'état du mental, notre conscience de soi ou du monde.

Ce qui change, ce qui évolue, est toujours la couche superficielle de nos êtres. Les autres (leurs mots, leurs pensées, leurs visions, leurs façons d'être) peuvent en effet avoir une influence sur cette couche-là mais pas sur la source que nous sommes tous. ( La « vision sans tête » aussi est une « transition de perception » à la surface de nos êtres, elle ne change rien fondamentalement.)

Je prétends que les mots des autres peuvent aussi, et c'est le cas le plus souvent, être une limite, devenir une limite, un cadre qui rend aveugle à la source. Le « disciple », l' « élève », ne voient plus que les mots du maître, il pense que la « libération » viendra des mots, de la pensée. Or la pensée ne changera jamais que la pensée.

Je ne considère pas avoir eu de maître, mais il y a un penseur vers lequel je suis retourné durant des années, c'était presque une obsession, je revenais vers ses mots, vers les vidéos où on le voyait parler, discuter, c'est UG Krishnamurti (à ne pas confondre avec Jiddu Krishnamurti), il n'y a que depuis quelques années seulement que je m'en suis totalement détaché. Ça s'est fait tout seul, je n'ai pas décidé de m'en détacher.


Il faut lâcher la main des autres, de tous les autres, pour « plonger à la Source ». Les « autres » disparaissent, n'existent plus à la Source. Car l'autre n'est en fait qu'un ensemble de pensées dans la tête, un ensemble d'images, de mots, et tout cela ne sera jamais que de l'ordre de la pensée. A la Source, plus aucune identité n'existe, l'autre (y compris le « maître ») n'existe plus.

Et puis si c'est pour répéter ce que le « maître » a dit, à quoi bon ? Si vraiment on se baigne dans la Source, on Est la source, les mots qui sortent sont originaux. Car bien que la source soit identique en chacun, chaque individu est unique, et les mots qu'il utilise pour parler, uniques aussi. (à moins qu'il se limite à n'être qu'un perroquet, qu'il se complaise dans la posture de l'imitateur. (on en voit beaucoup qui répètent les paroles du maître mot pour mot))

Faire de quelqu'un son maître, c'est se limiter à la pensée de celui-ci. Alors qu'explorer la Source sera toujours bien plus vaste que les mots du maître quel qu'il soit. La source n'a pas de limites, les mots (fussent-ils du maître), si.

J'ai une question pour vous, cher José Leroy, elle vous semblera peut-être un peu provocatrice mais je vous la pose quand même : Douglas Harding est-il votre maître ? »

8 commentaires:

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    1. Vous le savez très bien : un orignal.

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  2. et si vous étiez un chocolat ?

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    1. Un Manon café blanc.

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    2. et sa noisette entière donc

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    3. Être un chocolat sans sa noisette, ce n'est pas si facile.

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  3. Trop facile tout ça, subissez un viol ou bien pire, un viol collectif de votre fille comme moi ça m'est arrivé et vous pourrez parler après de perfection d'histoire qu'on se raconte de vérité de conscience de tout ça. Facile de parler caché derrière un écran, sans visage sans corps bien à l'abri de la vie et des attaques.

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    1. Un viol ou même la pire des atrocités laisse la source intacte.

      La source de notre être ne dépend pas de ce que notre corps ou de ce que notre être entier subit.

      Votre fille est intacte, rien ni personne ne peut violer ce qui est inviolable.

      Vous pouvez penser, croire le contraire, alors en effet vous souffrirez de ce qu'elle a subi, vous ne ferez peut-être même que souffrir toute votre vie, et elle aussi si elle pense qu'elle est blessée à vie.

      En réalité, elle est intacte et vous aussi.

      Mon corps n'est pas à l'abri de la souffrance, ni des attaques, je suis un être humain des plus ordinaires, je sais simplement que rien ne peut altérer la source que je suis, que vous êtes, que tout le monde est, pas même la mort du corps.

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